→ Blog coup de coeur: ♥
→ Musique: ♪ Shine on
Lucas relève le visage, cognant sa tête contre le dossier du siège. Il serre sa poche. Cet objet. Et prend une grande inspiration. Oui, il a besoin d'air. Il pose sa main sur la poignée et ouvre la portière.
Il est dehors. Devant lui, cette étendue de pierres. Cet endroit paisible qui pourtant l'effraie. Il a toujours détesté les cimetières. Ce mutisme, ce calme, cette atmosphère l'ont toujours paralysés. Cependant, là, tout est différent. Il voit cet endroit par de nouveaux yeux. Des yeux qui ont connus le malheur et la douleur, laissant une cicatrice pouvant se rouvrir à tout moment. Aujourd'hui, le silence accueille son dernier au revoir. Il fait un pas en avant. Puis un autre. Peu à peu un léger sourire se forme sur son visage. Il a pleuré. Avancé. Retrouvé la lumière. Et le soleil est présent. Juste au-dessus de lui.
Lucas pousse le portillon. Un grincement brise ce parfait silence. Ces pieds frôlent l'herbe humide. Il connaît le chemin. C'est étrange...parfois il vous suffit qu'un endroit vous marque, vous brise, vous tord juste une seule fois, et malgré cela, vous connaissez l'exactitude de son emplacement. Oui, c'est ancré dans votre esprit. Comme une trace indélébile. Sa main ne quitte pas sa poche.
Il passe devant ces innombrables pierres. Des noms défilent devant ses yeux...tellement de noms. Et ces photos. Ces visages qui donnent l'impression de vous fixer. Il y a quelques temps, ça l'aurait effrayé ; il serait parti en courant, vomissant dans le premier coin trouvé. Aujourd'hui ça a changé. Ces figures, ces regards le guident, l'accompagnent dans leur silence solennel.
Lucas la voit enfin. Cette table de marbre. Sa tombe. Elle est lumineuse sous ce soleil. Comme si elle attendait sa venue. Sa boule, son amas de cailloux l'écrase. Qu'on le veuille ou non, il y a toujours une appréhension face à un ultime au revoir. Une crainte. Elle nous prend, ne nous quitte jamais. Mais avec le temps, on s'y habitue : elle fait partie de nous.
Il se stoppe. Ca y est ; il y est. Devant lui, son nom gravé dans la roche brillante et sa photo. Elle sourit. Comme elle a toujours fait. Lucas s'agenouille, laissant ses genoux heurtés le sol. Du bout des doigts, il touche les lettres une à une puis son visage. Il ferme les yeux. Il aimerait tant pouvoir la toucher, la voir. Juste pour cet instant. Il ouvre ses paupières et cale son dos contre la pierre. Devant lui, un parc qui semble infini. Des personnes marchent. D'autres pleurent. Il y en a aussi qui se confessent. Il se laisse glisser, s'allongeant totalement sur l'herbe. Ses yeux savourent l'éclat du soleil à travers ses paupières fermées. Ses lèvres se retroussent peu à peu en un sourire. Il se fiche de ce que peuvent penser les gens. Oui, leur avis importe peu. Il veut se sentir près d'elle, près de son corps. Il veut sentir l'herbe chatouiller ses doigts comme si c'était elle qui lui prenait la main ; entendre le vent comme s'il portait ses murmures, ses paroles ; toucher ce sol comme si c'était son corps.
Il sourit. Il a cette sensation de plénitude. Il étend ses bras et prend une immense inspiration. Il voudrait que cette sensation l'envahisse tout entier. Il sait qu'elle est là. C'est étrange, et pourtant, il a la certitude qu'elle est présente, qu'elle le soutient. Il se souvient que lorsqu'il souriait, elle disait qu'il était aussi brillant que le soleil et qu'alors tout allait bien.
_ Ca va...murmure-t-il.
Oui, aujourd'hui le soleil est là. Au-dessus de lui et dans son c½ur. Et ils brillent ensemble. Lui et elle.
_ Je vais bien.
Il ouvre ses paupières, aveuglé quelques secondes par des rayons lumineux. Son sourire persiste. Il sait que désormais, il va bien. Il a avancé et ainsi retrouvé cette lumière que chaque être a en lui. Cette lumière qui nous est indispensable mais que nous ne remarquons qu'une fois qu'elle nous a quittés. Oui, lui, l'avait trouvé dans les ténèbres. Elle avait des boucles dorées...comme le soleil.
Lucas se relève et s'agenouille face à sa tombe. Il pose son front contre cette pierre froide, pourtant réchauffée maintenant. Il enfouie ses doigts dans sa poche et sort cet objet si précieux. Sa bague... Il gratte la terre humide, creusant un petit trou juste devant la table de marbre. Il dépose délicatement le bijou à l'intérieur. Il souffle. La séparation, qu'on le veuille ou non, est dure. Nous avons cette peur de l'oubli. Nous associons toujours l'éloignement avec l'oubli, l'omission. Pourtant, nous avons torts. Le souvenir reste. Il perdure dans notre mémoire. Il brille en nous.
Lucas referme le trou, cachant cette bague qui lui appartient. Ses mains s'immobilisent dessus.
_ J'avance...je brille. Et toi aussi...pretty girl.
Il s'avance et glisse un baiser sur sa photo. Puis, il se remet debout. Il se dirige vers la sortie. Il ne se retourne pas. Il n'en a pas besoin. Il sait qu'elle est là. Avec lui. N'importe où. Son sourire est figé. Oui, il sourit. Le soleil est présent, brillant. Tout va bien. Il pousse le petit portillon, marchant vers son cabriolet. Il a une direction en tête. Une lumière bouclée qui l'attend au bout.
» Musique: Still alright
Lucas conduit. Le vent s'engouffre par les vitres ouvertes. Il rentre dans cette rue. Il faut qu'il l'a trouve. Il veut lui parler. Oui, il veut aller de l'avant. Avec elle, main dans la main. Il a besoin de ces doigts pour le maintenir. Pour le guider sur le bon chemin. Il sait que c'est elle qui le sauvera de ses ténèbres. Comme elle a déjà commencé : elle lui a montré la lumière et son éclat qui vous réchauffe.
Il se penche et allume la radio. Son sourire redouble. Cette chanson...
Radio_: When all you have just falls apart
_______And nothing seems to work out right
_______And you're trying
_______You're still alright
Il rentre dans une rue. La rue. Il gare sa voiture et sort, décidé. Il se retourne et fixe le magasin. Le Karen's coffee. Il s'avance et pousse la porte, une sonnerie se déclenchant. Il remarque Karen, la propriétaire. Elle l'avait aidé dans ses jours les plus sombres. Lorsqu'il sortait de l'entraînement de basket, il venait s'asseoir ici. Elle lui apportait un chocolat sans qu'il ne demande rien et le laissait seul. Elle avait été sa bouée de secours. Elle l'avait aidé à ne pas se noyer quand il n'y avait personne autour de lui. Et pour ça, il ne sait comment la remercier.
Karen, le sourire aux lèvres, s'approche de lui.
_ Il y a quelqu'un pour toi au comptoir, Lucas.
Il lui sourit et hoche, la remerciant. Il n'y a pas besoin de moi entre eux. Seul le regard parle. Il tourne la tête en direction de la caisse, le visage lumineux. Il cherche ses cheveux blonds, virevoltant au rythme du vent. Il essaie de trouver sa silhouette renversante. Mais rien. Seulement une femme brune, les cheveux lâchés en un carré. Pourtant, il ne peut détacher son regard. Il lui semble connaître cette forme, ce corps. Et comme si elle avait entendu son appel, elle se retourne doucement, descendant de son tabouret.
Lucas fait un pas en arrière alors qu'elle s'avance vers lui, un sourire timide et triste sur ses lèvres fines. Elle a l'air exténuée, vidée. Ses traits sont durs, la vieillissant. Les pupilles de Lucas se sont dilatées. Son sourire se brise. Il ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. Il reste paralysé. Il sent son pouls s'accélérer. Il ne peut y croire. Il sent qu'il va vaciller. Il a l'impression que le sol se dérobe sous ses pieds à mesure que sa cicatrice se rouvre fil par fil. Sa marque béante qui laisse ressortir ses démons, ses peurs qu'il avait enfouis au plus profond de lui. Cette trace qui recouvre la lumière entrevue, le soleil éclatant.
Ces yeux, ce visage, cette démarche...
_ Brooke...chuchote-t-il.